Sociologue du théâtre, de l’art et de la fête, Jean Duvignaud a cherché dans les gestes collectifs, les rites et les spectacles la manière dont une société se rêve autrement qu’elle n’est.
Il choisi le mot semence car c’est une chose petite, discrète, qui attend sa saison, et l’on ne la juge pas le jour où on la met en terre. Tout tient à ce qui lui permettra de lever. Et nous avons aimé ce choix lexical.Il dit beaucoup de ce que nous cultivons.
Une entreprise est une société, avec ses rites, ses récits fondateurs, ses saisons calmes et ses périodes de turbulence. Elle traverse la croissance rapide qui distend les liens, la fusion qui brouille les repères, la crise qui fatigue les équipes, les départs qui laissent une place à réinventer. Ces passages n’appellent pas seulement des organigrammes et des plans d’action. Ils réclament des moments où les gens se retrouvent, se regardent, se reconnaissent et se donnent l’envie de poursuivre ensemble.
C’est là que la stratégie événementielle prend sa juste place. Elle choisit avec soin les instants où l’on suspend le cours ordinaire du travail, parce que ces instants-là vont irriguer tout le reste. Un séminaire pensé comme un récit, une soirée qui donne un visage au projet d’entreprise, un anniversaire qui rassemble trois générations de collaborateurs : chacun de ces moments dure quelques heures, et leurs effets se prolongent pendant des mois. Une conversation naît au bord de la scène, une rencontre improbable se produit entre deux services, une idée que personne n’avait inscrite à l’ordre du jour se glisse dans un échange à la table du dîner.
Duvignaud l’avait compris : le plus précieux d’une fête réside souvent dans ce qu’elle n’avait pas prévu de faire naître.
La pérennité d’une entreprise repose sur des choses fragiles, comme le sentiment d’appartenance, la confiance entre les équipes, la fierté partagée, la capacité à se raconter à ses clients, à ses partenaires, à son territoire. Aucune de ces réalités ne se décrète. Elles se cultivent par des rendez-vous qui reviennent, des rituels qui s’installent, des célébrations qui marquent les étapes d’une aventure collective. Une entreprise qui sait fêter ses dix ans, ses réussites et ses tournants se donne une mémoire vivante, et cette mémoire lui sert de racine lorsque vient le vent.
La stratégie événementielle relève ainsi d’un art de la culture au sens le plus agricole du terme : connaître le terrain, choisir la saison, préparer le sol, semer avec générosité, puis laisser le temps faire son travail. Elle demande de la rigueur dans la préparation et une vraie liberté dans l’esprit, car on ne commande pas à une graine de lever, on lui offre les conditions pour le faire.
Les entreprises qui l’ont compris investissent dans leurs événements comme on investit dans une parcelle de vigne, avec la confiance de celles et ceux qui savent que la récolte viendra d’autres saisons.
Nous aimons croire que l’été invincible cher à Camus habite chaque organisation, à condition qu’on lui ménage des occasions d’éclore. La fête passe, et ce qu’elle a semé demeure, dans les liens qu’elle a noués, dans les désirs qu’elle a réveillés, dans les projets qu’elle a rendus possibles.